Néanmoins fluorescentes

(2025, Aux Cailloux des chemins)


Chroniques/recensions

Paméla Ramos

«souvent je me tords les chevilles

dans un trou de mémoire »

La poésie de Lou Valse n’a jamais l’air d’y toucher et ne se laisse pas prendre. Vous pensez deviner le vers d’après et vous vous trompez toujours, malgré ses apparences de prose quotidienne en retour chariot et espaces insécables (elle y tient, c’est écrit à la fin).

Aujourd’hui nous adorerions volontiers lui donner une place dans le spectre autistique, calculer son numéro astral et apprendre son animal totem (la mouette ?) afin de pouvoir avec un empressement gourmand de collectionneur Panini, l’épingler avec nos doux-dingues (bien que je ne connaisse pas l’état de son casier) et refermer son dossier. Mais elle s’échappera.

Dans son deuxième recueil publié aux éditions Aux Cailloux des Chemins après La preuve du contraire en 2020 (Editions Haut-Bord), deux parties s’affrontent et s’apprivoisent : le père, la mère et l’absence, d’abord, puis des poèmes de plage, ou presque. C’est ainsi que se déploie la genèse de la poète ici effleurée d’un geste candide et coloré (une pudeur qui sautille en habits farfelus, mais ne saurait cacher les affres de tout début de vie compliqué) menant, peut-être, à la singulière fantaisie détonnante de pertinence de son regard porté sur les êtres peuplant « sa » plage, en bas de son appartement. Un cortège jamais singé, toujours croqué d’un trait fin et juste, avec ce qui la caractérise et la rend souvent irrésistible : ce décalage de talon cassé que personne ne remarque, et que sa porteuse enlève, l’air de rien, pour continuer pieds nus.

Tendre est Lou Valse, fluorescente aussi, cachée sous les paillettes, trouvée entre les plumes. Son phrasé aux airs de Barry Egan dans Punch-Drunk Love (mon film à ce jour favori de Paul Thomas Anderson) donne une place aux humeurs de qui préfère s’asseoir face à la mer en costume bleu trop grand, légèrement sur le côté alors que la plage se vide, que le cœur bourdonne, et qu’on n’y comprend rien : plutôt les regarder de là et les aimer quand même, que chercher à les rejoindre, et ne pas s’en remettre.

Camille

 

Lou Valse compte parmi ces rares plumes à avoir superbement œuvré à me rabibocher avec la poésie contemporaine.
Aux côtés de Virginie Lalucq, Heptanes Fraxion, ou Anne-Claire Hello depuis peu, voici un magnifique quatuor de poètes qui parviennent à donner corps aux émotions les plus ineffables comme impalpables.

✒️ »soit dit en louvoyant
et si je vous ai perdus,
c’est que j’aurai fait de mon mieux »✒️

« Néanmoins fluorescentes », dernière progéniture de Lou Valse d’ores et déjà disponible sur le site de l’excellente ME Aux cailloux des chemins (en librairie dès le 1/12), convoque toute la douce fantaisie de Lou dans ses constructions et ses jeux langagiers à rendre fier feu Raymond Devos.

Illuminant nos trajectoires de vers luisants à lucioles, les cartes postales de Lou peuvent autant faire naître sourires de gratitude que grimaces de douleur aux évocations sensibles et profondément nostalgiques de nos jeunes années.

Déjà conquise pas l’espièglerie mélancolique de Lou, impossible alors de ne pas être irradiée par la mention de l’artiste le plus lumineux qui ait jamais foulé cette Terre, comme celle des bien moins attendues « collines rugueuses des Ardennes »

Merci d’avoir donné vie à ce texte, Lou.

✒️ »TRUC DE OUF
en latin, on dit amen je crois »✒️