automne (feat. Edouard, Michel et Sylvia)

Le décor est bucolique. Au fond, une cascade.

Elle est enveloppée d’un tissu rêche et blanc cassé comme les statues dans les musées et les meubles anciens dans les maisons vides. C’est une espèce de toge rapiécée. Un cordage en chanvre entoure sa taille comme une rampe d’escalier.

Elle longe le cours d’eau encore frémissante suite à la chute. Pour goûter la température, elle plonge le pied. D’abord un orteil. Puis deux. Puis trois. Puis tous. Comme l’eau est douce, elle continue l’immersion jusqu’à la cuisse et, progressivement, disparaît tout entière.

J’ai souvent vu s’évanouir ma mère dans sa nature profonde.

Je fais des nœuds sur un bateau du Vendée Globe en compagnie d’Edouard Levé qui gentiment me partage sa corde.

Dans mon agenda c’est écrit :
BOIRE UN VERRE À MOITIÉ VIDE AVEC SYLVIA PLATH

En plus de son désespoir congénital, il cultive depuis peu des pommes sans pesticides : Michel Houellebecq est à ma porte avec un panier bien rempli et des bottes pleines de terre.
Pour de la compote, c’est parfait.

Dans les escalators, sous la clameur des néons, je pense à l’allégorie de la caverne et ne pas oublier la moutarde cette fois.

Arrivée au sous-sol, devant la balance intelligente, un vieil homme a du mal et un peu de sang coagulé dans les narines. Je fais un nœud à son sac de pommes pleines de tonches. Il dit Oh c’est sympa, et je comprends que c’est bien plus que ça en voyant toute la peau de son visage se soulever à la seule force du petit zygomatique.
Il va saigner du nez encore.

Je sens un paquet de mouchoirs dans ma poche. Ça me rassure.

J’aide un garçon à faire ses devoirs. On ouvre un ordinateur portable relié à deux claviers. Son père dit que c’est l’ordinateur pour les notes. Il ne sert qu’à ça. Dedans il n’y a aucune fenêtre aucun onglet : rien d’autre que des pages.

Le père a un livre dans la main.
Il s’intitule Manges tes morts.
Il m’est dédié ; l’auteur ne me dit rien.

Je me tourne vers l’élève et lui demande de sortir son stylo rouge. Il y a une faute dans le titre, ça fera un super support de travail.

Une amie me demande comment ça va. En guise de réponse, je prends un selfie que je lui envoie. Un selfie de pied dans une psyché. On dirait une Nana de Niki de Saint Phalle en tenue de flamenco. Je porte une robe gitane. Rouge avec des pois blancs. Le ventre et les seins sont très ronds ; les tétons proéminents. Mon nombril, lui, ressort comme la valve d’un matelas gonflable.

M. a compris, elle s’inquiète pour moi. Je réponds que cette fois ça va c’est cool. Je fais ça pour rendre service, ce n’est pas pour moi.

Je suis la mère porteuse de quelqu’un.

Quelqu’un a coupé les câbles en cuivre sur la ligne à grande vitesse

« Il faut leur couper les mains et puis on n’en parle plus », dit une grande blonde agrippée à sa valise avec le vanity-case assorti

je lui coupe la langue avec une lyre à foie gras

j’en ai toujours une sur moi
pour ce qui coule ce qui colle

les ombres sont rien que des pâtes molles vous savez

Un fantôme m’appelle et m’annonce la mort
de plusieurs membres de sa famille

Si même les fantômes reviennent
pour m’annoncer des morts nouvelles
on va pas s’en sortir
putain

Je me balance sur la haute chaise du premier rang
je dois faire attention je suis tout au bord de l’estrade
ESTRADE – DESERTA – SEDATER
je note ces trois mots en majuscule au centre de la feuille
puis je prends le feutre noir dans la trousse de mon voisin qui n’est jamais revenu des toilettes

je commence par les angles

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