des blocs des parcs et des brassards

La petite chienne s’appelle Pépite et tremble en continu comme la paupière de Carmen, la passagère qui accepte de me laisser la place du mort.

La conductrice ressemble à la marraine la bonne fée dans Cendrillon. J’essaye de lui faire dire « Bibbidi-Bobbidi-Boo » pendant tout le trajet. Je suis pénible mais bien moins que l’énergumène qu’on récupère à mi-parcours sur un rond-point et qui, sitôt installé derrière, enlève chaussures et chaussettes, mais pas ses écouteurs, et puis s’assoit en tailleur comme il a très mal à l’ischio-jambier depuis son footing avant-hier ou alors c’est encore la maladie de Lyme les médecins ne savent pas trop c’est pour ça que ça l’arrangerait beaucoup si on pouvait le déposer juste devant son immeuble ça ferait seulement un petit détour d’à peine trois quarts d’heure d’après google maps et ça lui éviterait d’avoir un bus à prendre à la gare routière enfin il ne veut pas non plus déranger déjà qu’il était en retard au point de rendez-vous parce qu’il voulait acheter une part de tarte à 2,75 € c’est imbattable et puis des chouquettes dans la meilleure boulangerie de Nîmes d’après son père mais elle était fermée parce que c’est lundi, et ça, son père lui avait pas dit.

Parfois il lit à voix haute les messages qu’il reçoit. Ah merde il a oublié sa brosse à dents là-bas mais tant pis hein on ne va pas y retourner quand même les brosses à dents ça s’achète partout ça, même un lundi. Il lui arrive aussi de donner des conseils pour améliorer notre vie. Carmen devrait prendre du magnésium pour sa paupière, et moi je devrais commencer une formation Montessori, je serais vachement plus considérée. La bonne fée lève les yeux au ciel et met la clim à fond. Elle commence à devenir mauvaise.

J’ai besoin d’une pause.

L’aire d’autoroute est immense.
Partout des néons du nougat des écussons.
Tous les CRS de la région sont ici, occupés à manger un sandwich triangle devant les machines à café. L’un d’eux a la langue pendue et pommelée comme celle de Pépite. C’est une tranche de rosette. Il aurait dû prendre le thon-œuf, c’est vraiment plus pratique à manger.

Les toilettes sont à l’étage.
Huit femmes attendent déjà. Elles ont toutes les mêmes sourcils hyper-dessinés et un tampon dans la main.
La voie est libre côté mec. Les CRS ont encore leur café à prendre avant la vidange.

J’ai pissé le plus vite possible et la voiture est toujours sur le parking à m’attendre. J’ai grave géré.
La conductrice rouvre le coffre pour mes bagages. J’avais emporté mon sac à dos et ma valise au cas où l’on repartirait sans moi.
Mieux vaut toujours être prêt à se voir abandonné quelque part.
Un jour, au sommet d’une montagne, j’étais bien contente d’avoir pris tous mes Damart, le dentifrice solide, la lampe de lecture à piles et puis la grande toile cirée.

Quand vient la fin du covoiturage, je suis vraiment soulagée pour Pépite dont le poil avait même frisé à force. Comme d’habitude, en disant au revoir, je vois défiler un générique avec le nom des personnages.

On m’a déposée dans une ville inconnue.

Il n’y a que des blocs des parcs et des brassards.
Jaune fluo les brassards.

Mélangez tout ça, et vous aurez quoi ?

Je pense que la conductrice a voulu se venger.

Je finis par trouver un arrêt de bus.
Il ne passera pas.
C’est vrai qu’on est lundi maramé.

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