rencontres fortuites

Rencontre fortuite, dans un salon de thé estampillé Sorority Social Club, d’un bronzeur Nyx à la texture fondante comme du beurre, d’une citronnade servie dans une fiole Erlenmeyer, d’un thé vert tendance tachycardie et des Mémoires d’Abel Ferrara, le tout sur une toute petite table d’appoint intolérante au désordre. (Au moment de partir, un certain François la Providence, dont les cheveux sont rouges sur les pointes, nous demande si l’on a passé une bonne journée et tu réponds « oh que oui et même plusieurs. »)

Rencontre fortuite sur une cheminée décorative en marbre d’une pile d’assiettes en carton, d’une enceinte Marshall diffusant à fond Ain’t no mountain high enough, d’un semainier avec des croix dedans, de trois chats en bois sculpté, d’un Bouddha rieur et de cinq packs de Renutryl Booster saveur café, chocolat et caramel.

Rencontre fortuite entre Normal et Animalis d’un pigeon et d’une petite fille dans la même position ; l’un penché au-dessus d’une flaque qui s’est formée sur une plaque d’égout, l’autre accroupie devant une borne-fontaine verte la main sur le bouton-poussoir, tous deux pieds et pattes tanqués bientôt désaltérés tandis que s’ébrouent déjà plumes et queue-de-cheval.

Rencontre fortuite sur un banc de pierre couvert de graffiti d’une dizaine de jeunes gens agglutinés qui gaîment se font passer une bouteille de Champomy au-dessus de l’inscription EN ATTENDANT LA REVOLUTION.

Rencontre fortuite sur notre table de prédilection, place du Capitole, d’un verre de Lambrusco (rouge), d’une raquette électrique antimouches (orange) et de l’Évangile de Thomas (apocryphe), cependant que Dalida chante paroles paroles.

Rencontre fortuite au pied d’un escalier d’un Patou en nage, d’un fauve en bronze et d’une perspective narrative en attendant le prochain fondu au noir, cependant que la lumière est automatique dans le couloir.

Rencontre fortuite dans une fable de dix sections d’une cible dépourvue de centre et d’une fléchette sans objectif aucun.

Rencontre (assez peu) fortuite à la faveur d’un arrêt lunaire majeur d’un oeil terrible et d’un tote bag Comets très résistant.

Rencontre fortuite sur le chemin de la maison de plusieurs panneaux indiquant tous MAISON et d’un seul chat dont les yeux restaient introuvables comme parfois les clefs.

Rencontre fortuite sur une corde à linge de trois paires de jambes en plein cours de natation synchronisée sous l’œil envieux de quelques sirènes traînées dans la fange.

Rencontre fortuite d’un pull de Noël et d’un très grand front, le tout sur une chilienne.

Rencontre fortuite dans un bar karaoké érubescent d’un chien brachycéphale prénommé Mowgli et d’un tourniquet d’arachides réapprovisionné une fois l’an.

Rencontre fortuite dans une salle d’exposition d’un bipède récalcitrant et d’un ramasse-miettes téléscopique.