comme une bête

Ma mère aurait aimé que je fasse du théâtre pour soigner ma timidité — c’est ce qu’elle aurait dû faire, plus jeune, ajoutait-elle. J’ai préféré le cirque. Enfin j’ai bien eu un petit rôle muet, en CE2, dans la pièce de fin d’année…

Tous les costumes avaient été faits en classe. Je me revois porter une veste brillante en papier glacé ; j’avais l’impression de me déchirer à chaque mouvement, encore plus que d’habitude. J’étais un duc, un prince ou un valet, je ne retiens pas ce genre de choses, mais en tout cas j’étais un garçon, ça je m’en souviens bien car tout le monde le répétait en boucle, que je ressemblais à un garçon.

Mon rôle était en apparence assez simple : je devais tenir fermement une baguette magique en carton doré avec une étoile scotchée au bout et rester sur le côté, ce qui m’allait tout à fait. Cependant il m’incombait aussi une lourde tâche, que l’enseignant avait essayé de me faire passer pour un grand privilège : faire tourner la baguette sur elle-même à chaque fois que la princesse entrait sur scène (il fallait donc rester concentrée du début à la fin alors que la pièce était franchement barbante et qu’il faisait beau dehors). Comme si tu dessinais un petit rond dans l’air avec la pointe de l’étoile avait dit Monsieur Jouve, mais j’imitais plutôt mon père avec son verre de vin, libérant les arômes d’un geste souple du poignet.

La princesse était interprétée par une peste qui portait déjà un prénom de princesse. Elle jouait son propre rôle et elle était applaudie pour ça. Il m’a toujours semblé qu’on m’applaudissait seulement pour que je ne fonde pas en larmes.

Au cirque, ce que je préférais c’était jongler au ralenti avec les foulards, et bien sûr le grimage lors des spectacles. Sous le fard à l’eau, j’assurais comme une bête.

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